Comment corriger les couleurs d’une photo ?

Cet article a été écrit pour 3 niveaux de compétence :
Niveau 1 – Débutant : des solutions simples
Niveau 2 – Confirmé : comment effectuer les corrections ?
Niveau 3 – Expert : espaces couleurs & chaîne de production chromatique
Note de l’auteur : Cet article demande quelques connaissances et n’est pas vraiment destiné aux débutants. Néanmoins, ils pourront trouver à la rubrique “Niveau 1” une série de conseils simples à mettre en place pour améliorer la qualité couleur des photos.

Introduction

Intervenir sur l’équilibre chromatique d’une photo est souvent un véritable casse-tête y compris pour les professionnels car la perception de la couleur par l’œil humain est très subjective. Par ailleurs, le sujet comporte des éléments très techniques : Espace couleurs, profils, couleurs primaires et complémentaires, calibration d’une chaîne chromatique, etc. La liste est longue. Excepté une initiation aux espaces couleurs, je ne rentrerai pas ici dans la partie professionnelle. Espaces, profils et calibrations feront l’objet d’un autre article.

Quelques bases techniques

De quelles couleurs parlent-on ?
Nous avons à notre disposition 6 couleurs pour effectuer une correction sur une photo. Elles se répartissent en 2 groupes :

  1. Les couleurs primaires : le rouge, le vert et le bleu qui sont les couleurs de base. Elles composent la lumière naturelle (provenant du soleil) à part égale : 33.33 %. Additionnées, elles forment la lumière blanche.
  2. Les couleurs complémentaires : le cyan, le magenta et le jaune proviennent de l’addition de 2 couleurs primaires.
    Photo les six couleurs de base

    Schéma 1 : Couleurs primaires et complémentaires

    Ces trois couleurs additionnées forment en théorie une lumière noire. En pratique, si on superpose 3 filtres de densité identique, on obtiendra plutôt un gris très foncé.

Le schéma (1) ci-contre est important. Téléchargez-le et gardez le toujours sous la main. Très utile, il vous permettra de :

  1. Bien identifier les couleurs, principalement deux d’entre elles :
    • Le magenta qui n’est pas visible dans la nature et donc difficile à reconnaître.
    • Le cyan qui peut être facilement confondu avec le bleu ou le vert.
  2. Établir la relation entre la couleur primaire et sa complémentaire, un élément fondamental de la correction couleurs.

Des couleurs qui s’additionnent.
Deux couleurs d’un même groupe s’additionnent pour former une autre des six couleurs, comme expliqué ci-dessous :

  1. Dans le groupe des primaires, 2 couleurs forment 1 complémentaire
    • rouge + bleu = magenta
    • rouge + vert = jaune
    • bleu + vert = cyan
  2. Dans le groupe des complémentaires, 2 couleurs forment 1 primaire
    • jaune + magenta = rouge
    • jaune + cyan = vert
    • magenta + cyan = bleu
Addition de 2 couleurs primaires ou complémentaires

Schéma 2 (gauche) : rouge + vert = jaune
Schéma 3 (droite) : cyan + Jaune = vert

Les schémas ci-dessus (2 & 3) montrent que cette règle est très facile à retenir : l’addition de 2 couleurs d’un même groupe forme la couleur opposée à la troisième couleur, d’où l’intérêt de toujours se référer au schéma (1) pour s’en rappeler.

Quelles sont les bases d’une correction couleur ?
La couleur primaire et sa complémentaire sont indissociables. Ces deux couleurs deviennent une sorte une ligne de correction qui fonctionne de la manière suivante :

  1. Ligne de correction rouge / cyan
    • Si vous enlevez trop de rouge sur une photo, celle-ci deviendra cyan. (Enlever du rouge équivaut à ajouter du cyan)
    • Si vous enlevez trop de cyan, elle deviendra rouge. (Enlever du cyan équivaut à ajouter du rouge)
  2. Lignes de correction vert / magenta & bleu / jaune
    • Même mécanisme que ci-dessus

D’où viennent les dominantes ?
Les dominantes peuvent avoir de très nombreuses origines. Les plus courantes sont :

  • L’éclairage du sujet : c’est un des éléments le plus important, source de 80% des dominantes. Elles proviennent de la composition de la lumière qui diffère suivant le lieu et l’heure de la prise de vue. Imaginons que vous éclairiez une pièce avec une lampe rouge. Votre photo sera rouge, c’est une évidence et vous vous attendez à ce résultat, tout comme une dominante jaune orange, issue d’un coucher de soleil. En réalité ce phénomène est permanent. Paysage ensoleillé, nuageux, brumeux, lampe led, toutes ces situations ont des influences chromatiques mais qui sont largement compensées par l’œil. Les appareils photo ne font pas cette compensation, ce qui génère les dominantes. C’est le domaine de la température de couleur et de la balance des blancs.
  • Le type de sujet : quelques fois, selon les sujets et la qualité du matériel, lorsqu’une couleur occupe un espace trop important sur une photo, une dominante apparaît. Il s’agit de la couleur opposée, comme par exemple du magenta pour une pelouse verte, du jaune pour un ciel bleu, du bleu pour un champ de blé. (Voir schéma 1).
  • Le réglage de l’appareil : notamment si la balance des blancs ne correspond pas à l’éclairage de votre sujet.
  • L’écran ou l’imprimante utilisée.
Toutes les dominantes photo

Schéma 4
(B = bleu) (V = vert)
(R = rouge) (J = jaune)
(C = cyan) (M = magenta)

Identifier les dominantes
Les professionnels sont capables, après des années d’expérience, de déterminer au simple coup d’œil la composition exacte d’une dominante, par exemple bleu / magenta, rouge / jaune, etc. Mais pour le grand public, c’est loin d’être simple.

C’est la raison pour laquelle j’ai créé ce nuancier. Il vous permet d’établir la relation entre une dominante et les couleurs qui la composent ; Il représente toutes les possibilités.
La dominante peut être constituée d’une seule couleur ou de deux. Dans ce dernier cas, il s’agit toujours d’une primaire et d’une complémentaire.

Les dominantes sont au nombre de 12. Pour une question de présentation, le nuancier en compte 18 couleurs mais 6 d’entre elles sont en double.

Pour chacune de ces dominantes, il existe 255 densités différentes mais une fois que la dominante est trouvée, la densité est facile à gérer.

 

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Niveau 1 : Débutant
Des solutions simples

Pour les débutants, les solutions les plus simples se trouvent dans l’appareil photo. La première chose à vérifier est la balance des blancs qui doit correspondre à l’éclairage du sujet. (Voir “éclairage du sujet”) Dans un premier temps, laissez ce réglage sur “auto”. Si vous n’êtes pas satisfait, choisissez parmi la liste un paramètre qui corresponde mieux au sujet: lumière naturelle, nuageux, tungstène, fluo, etc.

Les appareils proposent aussi, sous la rubrique effets spéciaux, des fonctions intéressantes comme couleurs éclatantes ou ton chair. Pour savoir si ces fonctions ont un intérêt pour vous, prenez le temps d’effectuer plusieurs photos du même sujet avec des réglages différents, puis choisissez celui qui vous convient.

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 Niveau 2 : Confirmé
Comment effectuer les corrections

La correction couleur d’une photo se fait très souvent avec un logiciel de retouche, notamment si le format Raw est utilisé. La plupart des logiciels proposent des modes faciles à utiliser sous forme de curseurs ou de courbes. Mais avant de se lancer dans cet exercice, il est nécessaire d’effectuer au préalable deux réglages :

  • La densité : diminuer ou augmenter la densité d’une photo c’est aussi diminuer ou augmenter la densité d’une dominante. Il arrive souvent qu’une dominante disparaisse en éclaircissant le photo.
  • Le contraste : en augmentant le contraste, on diminue la dominante. Les couleurs très saturées ont peu de dominante, contrairement à une image plus grise qui sera beaucoup plus sensible à la variation de couleurs.

Une fois cette étape réalisée, effectuez les corrections couleurs en suivant la méthode présentée sur le schéma ci dessous (4).

Les courbes sous Photoshop

Il suffit d’agir sur la  courbe ou le curseur correspondant à la bonne couleur. 
Double cliquez sur l’image pour l’agrandir

 

Vous pouvez intervenir sur 1 ou 2 couleurs à la fois, jamais sur 3 car cela crée de la densité. Si vous intervenez sur 2 couleurs, ce sera automatiquement une primaire et une autre complémentaire. Vous devez commencer par identifier la dominante grâce au nuancier (schéma 4) : imaginons que votre dominante corresponde à la couleur B+C (bleu + cyan), la correction se fera de la manière suivante :

  • Etape 1 : utiliser la ligne de correction bleu/jaune pour enlever le bleu (ou ajouter du jaune) jusqu’à l’obtention du cyan,
  • Etape 2 : utiliser la ligne de correction rouge/cyan pour enlever le cyan (ou ajouter du rouge).

Enlevez une très faible quantité à la fois et si ce n’est pas suffisant, recommencez. De cette manière, si votre dominante est composée de 2 couleurs, la seconde apparaîtra naturellement. Vous agirez alors sur celle-ci. Si vous enlevez une quantité trop importante,vous basculerez sur une autre couleur et vous ne saurez plus quoi faire.

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Niveau 3 : Expert 
espaces couleurs et chaîne de production chromatique

Espaces couleurs
En photographie numérique, les espaces couleurs jouent un rôle important. Ils sont très nombreux, les grands standards étant : RVB, sRVB, CMJN, Adobe 98 et Prophoto RVB Selon la manière dont l’espace est utilisé, il peut soit améliorer une image, soit la détériorer.

Ce thème nécessite l’écriture d’un article beaucoup complet. En attendant et sans entrer dans les détails, essayons de définir ce qu’est un espace couleurs et d’expliquer son fonctionnement.

Si on fait un parallèle, on peut dire que l’espace couleur c’est un peu comme un appartement, il y en a des petits et des grands. Si vous décidez de déménager d’un petit vers un grand, vous pourrez emmener vos affaires, toutes trouveront une place dans le nouvel appartement. Par contre, si vous faites le contraire, vous allez devoir vous séparer de certaines d’entre elles.

Les espaces couleurs  ont différentes tailles et restituent une gamme couleurs plus ou moins importante. Si vous changez l’espace couleurs d’une photo pour aller vers un plus grand, la photo ne subira aucune modification car toutes les couleurs trouveront leurs places dans le nouvel espace. Mais attention, le contraire aura de graves conséquences. Placer une photo dans un espace plus petit provoquera* la suppression de certaines couleurs.

*Si, bien sûr, vous enregistrez le fichier, d’où l’intérêt de toujours garder une copie.

Si on classe du plus petit au plus grand, les espaces cités plus haut on obtient la liste suivante :

>>> Espaces couleurs classés du plus petit au plus grand >>>

Ci dessous, vous trouverez l’influence de chaque espace sur une seule et même photo.

Les principaux espaces couleurs en photographie

De gauche à droite : CIE RVB — CMJN — sRVB — ADOBE 98
Les points notés en rouge sont très représentatifs des écarts de couleurs
Double cliquez sur l’image pour l’agrandir

Le nombre de couleurs d’un espace est inversement proportionnel à son contraste. Adobe est l’un des plus grand, c’est pour cette raison que les dégradés sont meilleurs.

Les espaces couleurs :
– CIE RVB est un ancien espace, créé en 1931. Destiné à la photo, il est très contrasté car il comporte une gamme couleurs peu importante.
– CMJN est l’espace dédié à l’imprimerie. Les nuances sont là, mais on perd en saturation car il est strictement impossible d’imprimer une image avec une qualité de papier photo.
– sRVB est, aujourd’hui, l’espace standard. On le trouve sur tous les matériels du marché, de l’appareil photo à l’imprimante en passant par l’écran.
– Adobe 98, comme son nom l’indique, est l’espace couleurs créé par Adobe. C’est un des plus grands espaces.
– Prophoto RVB est un espace professionnel

Beaucoup d’appareils photo experts ou professionnels proposent plusieurs espaces comme sRVB ou Adobe 98. On peut être tenté de toujours utiliser les plus grands mais il faut savoir qu’en dehors des outils professionnels, la plupart des matériels, comme les imprimantes ou les écrans sont en sRVB.

Chaîne de production chromatique
Dans la phase de fabrication d’une photo, chaque étape influence de manière plus au moins importante l’équilibre chromatique de celle-ci. L’ensemble de ces étapes constitue la chaîne  suivante :
Éclairage du sujet >> Type de sujet >> Qualité optique >> Qualité du capteur >> Firmware >> Réglage de l’appareil photo >> Processeur de l’ordinateur >> Qualité de l’écran >> Réglage de l’imprimante >> Qualité du papier photo

Tous ces éléments bénéficient de solutions appropriées :

  1. Éclairage du sujet :
    • Sur l’appareil photo, la balance des blancs doit correspondre à l’éclairage du sujet.
  2. Type de sujet :
    • Réglage au cas par cas, via un logiciel de retouche.
  3. Qualité optique — Qualité du capteur – Firmware :
    • C’est le domaine du professionnel via la création d’un profil. Le cas échéant, un réglage permanent peut être effectué avec un logiciel de retouche.
  4. Réglage de l’appareil photo :
    • Initialiser le réglage de l’appareil
  5. Processeur de l’ordinateur — Qualité de l’écran :
    • Affichez un gris neutre* pour estimer la dominante et vérifiez que l’espace couleurs de l’écran est bien un sRVB. Si malgré tout, votre écran présente une dominante, voir les possibilités de réglage dans le menu de celui-ci. Les professionnels créeront un profil.
  6. Réglage de l’imprimante — Qualité du papier photo
    • Comme pour l’écran, imprimez un gris neutre* puis effectuez une correction sur votre logiciel de retouche. Cette correction sera appliquée chaque fois que cette sortie sera utilisée
Réalisé avec un logiciel de retouche. Vous pouvez aussi le télécharger ici

Le gris à 18%Une solution ultra simple consiste à calibrer la chaîne complète en comparant l’entrée (la photographie d’un gris neutre à 18%*) et la sortie (la visualisation écran ou papier). Cette méthode permet d’évaluer l’écart couleur pour le corriger avec un logiciel de retouche.

*Un accessoire utile qui coûte à peine une dizaine d’euros. Photoshop propose l’outil Infos pour contrôler l’équilibre d’un gris à l’écran.
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 Note : A venir un article beaucoup plus complet sur la calibration d’une chaîne de production : Espaces couleurs, profils, calibration

Jean-Claude ROMON

(respectez les droits d’auteur)
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