Test complet du scanner Epson Perfection V800 photo

Avec “3 à 4 kg de négatifs” 135 noir & blanc ou couleurs, quelques 6×7 cm du temps où j’avais mon studio, des centaines de diapositives, quelques 126 et même des Ektachromes 6×6 cm, j’avais depuis longtemps le projet de tout numériser avec un scanner film.

Habitué à des résultats professionnels, j’ai hésité pendant longtemps sur le choix d’un modèle. J’avais 3 critères :

  1. La résolution : pas question pour moi d’avoir des fichiers de seulement 2 ou 3 millions de pixels
  2. La qualité de restitution des négatifs couleurs : la couleur orangée des films couleurs est très différente d’une marque à l’autre, il faut donc de bons algorithmes.
  3. La possibilité de scanner par lots : impossible, pour moi, vu la quantité, de numériser les clichés un par un.

Au final, le choix était assez restreint. Connaissant Epson pour la collaboration de sa R&D avec Noritsu, (dans les années 2000), j’ai considéré qu’il était un des seuls à détenir l’expérience nécessaire dans la gestion couleurs.

J’ai donc choisi le scanner Epson Perfection V800 photo, en espérant ne pas être déçu.

Découverte et mise en route

Le scanner arrive parfaitement bien emballé. La construction du scanner semble de très bonne qualité. Celui-ci est livré avec une série de supports film:

  • Film 135 pouvant accueillir 3 bandes de 6 vues
  • Film moyen format 120 (1 bande de 2 ou 3 vues)
  • Plan film 4×5 inch (1 plan film à la fois)
  • Diapositive 135, montée sous cache (15 vues)

Contrairement au scanner lui-même ces supports semblent bien légers et pas très solides. De plus, les supports négatifs sont munis de plaques transparentes en plastique sur lesquelles sont placés les films. Je crains les rayures et les poussières. Personnellement, je n’ai jamais vu de porte-négatif fabriqué de cette manière. Je reste dubitatif : à voir.

La mise en place est très simple, le capot est juste posé, il faut juste vérifier que les deux verrous de transport soient en position « cadenas ouvert. Le pilote doit être installé via le CD fourni afin d’être sûr qu’il correspond bien au V800.

L’application Silver Fast

Le scanner est livré avec un CD Silver Fast. Surprise ! C’est une marque que je connais bien car dans les années 2000, on l’utilisait déjà pour numériser des originaux à destination des tireuses numériques Noritsu. Je l’installe immédiatement et commence mes premiers scanners avec cette application.

Les débuts sont très laborieux. L’application propose un grand nombre de réglages (est-ce bien utile?) mais impossible de scanner par lots les diapositives ou les négatifs. Après avoir parcouru tous les menus, je suis contraint de devoir sélectionner la zone des diapos ou des négatifs à la main. Ce problème est rédhibitoire. En fait, cette fonction fait partie d’une mise à jour payante. Je suis peut-être passé à coté de quelque chose mais je désinstalle.

Le pilote Epson

Je vais donc utiliser le pilote Epson. Bien que très simple d’utilisation, y compris en mode professionnel, il s’avère extrêmement efficace. Celui-ci propose :

  • 3 modes de scanner : Opaque, film sur support, film sans support (celui-ci étant posé sur la vitre)
  • 4 types d’originaux : Document papier, négatif couleurs, positif couleurs, Noir et Blanc
  • 2 modes d’acquisition : 24 et 48 bits
  • Une résolution optique jusqu’à 6400 dpi
  • Une série de réglages : Exposition auto, Réglage densité et couleurs, etc.
  • Une série d’outils : Netteté, Détramage ou Diminution du grain, Restauration couleurs, Correction du rétro éclairage, Dépoussiérage, Digital Ice

Je reviendrais sur tous ces réglages à la fin de l’article.

Les points positifs

Disons-le tout de suite, ce scanner est à la hauteur de mes attentes. Tout n’est pas parfait, mais l’essentiel est là : la qualité de l’acquisition et la reproduction des couleurs.

Acquisition
La capacité de numérisation du V800 est impressionnante, par exemple pour le 24×36 mm, on obtient :

  • 12 millions de pixels en résolution standard (3200 dpi)
  • 44 millions de pixels en haute résolution (6400 dpi)

Dans ce dernier cas, si on choisi le format Tiff en 48 bits on obtient des fichiers d’environ 260 Mo. Si on numérise un négatif 120 en 6×6 cm à 6400 dpi – 48 bits – en Tiff on obtient un fichier de 200 millions de pixels pour 1,04 Go !! Obtenir un tel fichier ouvre d’immenses possibilités de retouche en post production.

Le temps de scan pour une série
de 15 vues en 135 à 3200 dpi est d’environ 15 minutes

Gestion des couleurs
Les résultats sont excellents. Le contraste des diapositives est parfaitement bien géré. Coté négatif, noir et blanc ou couleurs, rien à dire, tout cela me convient parfaitement.

On note ici une parfaite netteté, une absence de grain et des détails dans les ombres et lumière
Prise vue argentique 24×36 mm réalisée en 1985 avec un film négatif FUJI HR 200.
Numérisation à 3200 dpi / 24 bits / Tiff – Fichier obtenu : 11,5 MP (4426 x 2613)
Traitement : aucune modification couleurs – Ajustement densité et contraste – recadré à 70 %

Image finale enregistrée en Jpeg

Il y a bien sûr quelques ajustements à faire, en densité, de petites dominantes à enlever, mais tout cela se fait très rapidement et sans problème, surtout au regard de la qualité d’acquisition.

Evidemment, pour obtenir de tel résultat, les négatifs ou diapositives doivent être bien exposés. Les petits défauts d’exposition se rattrapent facilement, s’ils sont plus importants les grains d’argent du film apparaîtront.

Les points négatifs

Mais tout n’est pas parfait, il y a deux points négatifs :

  1. Les supports films et la poussière
  2. La surface numérisée et la gestion du flux de production

Support film et poussières
Les supports films sont effectivement en plastique très légers. Ils doivent être manipulés avec précaution, surtout celui du négatif 135, probablement le plus utilisé.
Les négatifs se posent sur une plaque transparente également en plastique. Cette conception pose un sérieux problème de poussière. En photo argentique, les problèmes de poussières ont toujours été récurrents et les solutions toujours compliquées. Mais ici, le matériau utilisé amplifie le phénomène. Il y a donc lieu d’être très méticuleux* si on veut éviter de passer trop de temps sur Photoshop. Ce problème ne se pose pas pour les diapositives montées sous cache.

De plus support film est muni de petits poussoirs destinés à modifier sa hauteur pour une optimisation de la mise au point. Ils se dérèglent constamment et doivent être contrôlés à chaque numérisation.

*En ce qui me concerne, pour des raisons de coût, j’évite les bombes d’air et les chiffons antistatiques. La méthode la plus efficace est l’utilisation de petites lingettes sèches jetables en microfibres. (Malheureusement pas très écologique). Elle m’a permit d’enlever environ 90% des poussières.

Portrait Noir et blanc

Il n’existe pas de support dédié pour les plans film 9×12 cm qui seront alors posés directement sur la vitre. A 2400 dpi, la puissance du scanner permet d’obtenir un fichier de 80 millions de pixels. On remarquera la qualité de numérisation sur les cheveux. Pour la partie visage, mon copain Gilles n’était pas encore un grand spécialiste de la retouche sur négatif.
(Ecole de photo d’Orthez -1969)

Surface numérisée et Productivité.
Le pilote propose deux méthodes de visualisation :

  1. Une méthode par vignette qui sélectionne automatiquement les vues. Cette méthode est très pratique car elle fait gagner beaucoup de temps. Malheureusement il y a un gros problème : l’image originale est fortement coupée. Le 24×36 mm est restitué à 32,9 x 20,4 mm. Il manque donc plus de 3 mm sur chaque coté !!
  2. Pour éviter que le sujet soit coupé, il faut passer par la méthode globale. Mais ici, la sélection est manuelle et c’est très long. On la réservera uniquement aux clichés dont le sujet est coupé. Heureusement, il est possible de programmer la sélection à 24×36 mm, ce qui facilité le positionnement.
Le négatif (ici un 135 Fuji HR 200) n’est pas intégralement restitué, il manque environ 3 mm de chaque coté. L’image est donc plus longue que la normale : (tirage papier 10×17 cm et non 10×15 cm)

Le paramétrage du pilote

En dehors des fonctions classiques sur la couleur et la densité, le pilote propose deux types de fonctions qui permettent de gérer d’une part la netteté de l’image et d’autre part la poussière.

Deux fonctions pour la netteté :
Chacune d’entre elles propose 3 réglages : faible, moyen et fort (moyen étant le réglage par défaut). Mais attention elles interagissent entre elles :

  1. Netteté : Le réglage augmente très sensiblement la netteté et par voie de conséquence, la granulation film devient aussi plus nette ce qui n’est pas forcement une bonne chose.
  2. Diminution du grain : De son coté cette fonction permet de diminuer la granulation d’une photo mais a pour effet de la rendre légèrement flou. Cette fonction va donc à l’encontre de celle ci-dessus.

Par exemple :
Le réglage « Netteté – fort + Grain – fort » donne une image plus flou que le simple réglage « Netteté – moyen ».

Personnellement je trouve que le meilleur paramétrage est « Netteté – fort + Grain – faible »

La photo ci-desssous a été réalisée en 135 Kodachrome (diapositive).
Compte de tenu de l’état de l’original, celui-ci a été numérisé à 6400 dpi-48 bits-tiff, soit 47 Mp pour 250 Mo.La taille du fichier a permit une retouche en profondeur (rayure, poussière, etc) et le renforcement de la netteté. Une fois terminé le fichier a été ramené à 1600 dpi/24 bits en enregistré en Jpg, ce qui a permit de lisser tous les défauts de la retouche.

Prise de vue réalisée le samedi 15 Août 1964
Le Général de Gaulle, à bord de sa Simca Chambord immatriculée 5 PR 75,
est salué par les campeurs du Parc Camping de Pramousquier au Rayol Canadel

On obtient une meilleure qualité en numérisant à 6400 dpi / 48 bits puis en ramenant sous Photoshop la résolution à 3200 dpi / 24 bits**. Cette méthode est beaucoup plus longue et ne sera réservée qu’à quelques négatifs, comme celui ci-dessus.

**Le principe est très simple. En divisant la résolution par 2, le logiciel enlève 3 pixels sur 4. Celui restant récupère la moyenne des 4 et de cette manière, l’effet de granulation s’atténue.

Deux fonctions pour les poussières
Le système propose les réglages « dépoussiérage » et « Digital Ice ». L’opérateur choisira l’une ou l’autre fonction sachant que « dépoussiérage » offre, lui aussi 3 niveaux de réglage : faible, moyen et fort.

  1. Dépoussiérage : je n’ai pas été convaincu par ce mode : Toutes les poussières ne sont pas enlevées et parfois certains détails, comme par exemple des clous sur une porte sont aussi supprimés. Par ailleurs je n’ai pas vu de différence entre « moyen » et « fort ».
  2. Digital Ice : Ici au contraire le système est très performant, poussières et micro-rayures sont supprimés. En contre partie, le temps de scan est multiplié par 3 ou 4. C’est très long, Photoshop sera peut être plus rapide.

Restauration couleurs
Le pilote propose aussi une fonction « restauration couleurs », une sorte de balance des blancs automatiques Cette fonction est intéressante, mais pas pour tous les négatifs ou diapositives. Il convient de faire l’essai.

(1982) Film 135 Ektachrome.numérisé à 3200 dpi soit un fichier de 4138 x 2730 pixels. La numérisation laisse apparaître le moindre défaut de la prise de vue :
ici un problème de mise au point.

Méthode

Personnellement, voici la méthode de travail que j’ai mis en place pour les films négatifs couleurs 135, (pour chaque numérisation de 3 bandes de 4 vues)

  • Dépoussiérage complet avec des lingettes en micofibres : table de travail, support et surtout les parties transparentes, films recto verso.
  • Aperçu et sélection des photos à numériser
  • Paramétrage du Pilote :
  • 3200 dpi – 24 bits (voire 6400 dpi – 48 bits pour certaines vues)
  • Netteté : fort
  • Réduction du grain : faible
  • Pas de restauration couleurs (Je préfère le gérer avec L’interface RAW d’Adobe)
  • Format : Tiff
  • Contrôle sous Bridge et ajustement contraste et couleurs avec le module Raw
  • Retouche finale sous Photoshop (cadrage, poussières)
  • Enregistrement en Jpeg et suppression du Tiff

Comptez entre 30 et 45 minutes
pour le traitement complet de 12 vues 135

Conclusion

Au final, l’Epson Perfection V800 est un très bon scanner photo, capable de numériser tous types de film. Sa capacité de numérisation est impressionnante, jusqu’à 47 millions de pixels pour un film 135 et peut générer pour ce même format des fichiers de 250 Mo. Ces performances offrent de grandes possibilités de retouche, notamment dans la gestion de la granulation. Le traitement couleurs des négatifs est de qualité, les ajustements se feront surtout en densité et contraste.

Les temps de numérisation sont un peu longs, ce qui ne pose pas vraiment de problème puisqu’on peut commencer à traiter les premiers fichiers pendant que le scanner continue à travailler.

Les seuls points négatifs sont la zone la numérisation du 135 qui est coupée de 3 mm et le problème de la poussière due aux matériaux des supports. Mais ces deux inconvénients ne sont pas rédhibitoires.

Jean Claude
Décembre 2019

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4 réponses à Test complet du scanner Epson Perfection V800 photo

  1. DUVIVIER dit :

    Quelle est la résolution en 4000 pixel en hauteur en imprimante ?

    • Jean-Claude dit :

      Bonjour M Duvivier
      Je répond avec plaisir à vos deux questions :

      Quelle est le nombre de pixel en hauteur en 400 dpi en imprimant le scanner ?
      400 dpi signifie que l’on imprime 400 points (ou pixels) par inch c’est à dire par 2.54 cm
      Ramené au cm (400 / 2.54) on imprimera donc 157 points par cm
      si vous imprimer un A4 soit un document de 21 x 29.7 le nombre de pixels sera de :
      – 157 x 21 = 3297 points ou pixels
      – 157 x 29.7 = 4662 points ou pixels
      Il vous faut donc un fichier de 15 Mo en NB* et 45 Mo en couleurs** (3297 x 4682) pour réaliser cette impression

      Quelle est la résolution en 4000 pixel en hauteur en imprimante ?
      Il n’est pas possible de répondre à cette question car pour calculer une résolution il faut une dimension en cm :
      Par exemple : si vous imprimez 4000 pixels sur une distance de 21 cm, vous imprimez 190 pixels par cm.
      La résolution de l’imprimante sera donc de 190 x 2.54 cm = 482 dpi

      Cordialement
      Jean-Claude

      * En Noir et blanc le pixel ne contient qu’une seule information.
      ** En couleurs il en contient trois. Une par couleurs RVB, ce qui explique que le poids du fichier est multiplié par 3

  2. HL dit :

    Vous vous trompez quant a la résolution max du scanner, bien que prétendument un scanner 4800 ppi la résolution max est de 2300 ppi et on peut atteindre 2600 ppi avec Silver Fast Ai Studio.
    Je vous invite a lire le test effectué par des spécialistes: https://www.filmscanner.info/fr/EpsonPerfectionV800Photo.html

    • Jean-Claude dit :

      Votre remarque est très intéressante et va me permettre d’apporter quelques précisions.

      Tout le problème vient du mot “résolution” qui est utilisé pour décrire des informations techniques très différentes. Nous devrions tous utiliser (moi y compris) les bons termes ce qui éviterait les amalgames.

      Ici nous avons d’une part le fabricant qui nous donne une information sur la “résolution” de son scanner et qui correspond à son nombre de photosites. Pour le Perfection V800, Epson annonce, dans ses spécifications, une ligne de capteur de 40 800 photosites effectifs qui permettent d’acquérir 40 800 pixels sur toute la largeur du barreau soit une résolution de 4600 Dpi. Cette information nous permet de connaître les poids de fichiers acquis, c’est à dire leurs qualités structurelles. Données importantes pour le traitement post production (comme par exemple la gestion de la netteté) et le tirage papier notamment les agrandissements grand format.

      Le site Scanner-infos, dans son très bon article, parle aussi de résolution, mais il s’agit en fait du pouvoir séparateur (J’aurais préféré qu’il emploie ce terme). Elle se définie en Lpi (et non en Dpi). Le test permet de mesurer la capacité du matériel à séparer des lignes. Le test de scanner-infos permet de voir que le V800 est capable de séparer 2300 lignes par inch soit environ 900 lignes par mm. Mais cette information est-elle utile ? Personnellement, je pense que non car nous sommes bien au delà du visible. Par exemple les films noir et blanc ne séparent qu’environ 100 à 200 lignes au mm et l’œil encore moins.

      Pour moi, lors d’une acquisition, ramener la valeur de la résolution à la valeur du pouvoir séparateur est une erreur car elle a pour conséquence de diminuer fortement la qualité structurelle du fichier.

      On pourrait faire le parallèle avec les appareils photo. Prenons le Canon 5D de 30, 4 millions de pixels. Il enregistre 6720 pixels sur 36 mm, ce qui lui donne une résolution de 4700 Dpi soit 186 par mm. Mais le pouvoir séparateur de l’optique est-il capable de séparer 186 lignes par mm ? Je n’en suis par sûr.

      Si la prise de vue d’une mire démontrait que le pouvoir séparateur de l’optique du 5D ne séparait que 100 lignes au mm, pourrait-on dire que l’appareil a une résolution 240 Dpi soit 3600 pixels au lieu des 6720 annoncés ?

      Je pose la question.

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