Format Raw : est-ce vraiment une bonne idée ?

Note : Il n’est pas question ici de prendre parti pour l’un ou l’autre format. Chacun possède d’indéniables avantages que l’autre n’a pas. Il appartiendra au photographe de faire un choix en fonction de ses priorités (facilité, souplesse, disponibilité, qualité, définition, etc.) sachant que lors de la prise de vue, le sujet sera un élément primordial qui conditionnera ce choix.

Photographier en Raw ou en Jpeg

Aujourd’hui, en dehors des appareils numériques d’entrée de gamme, tous les modèles intègrent deux formats de fichier : le Jpeg et le Raw.

Le Jpeg est un très ancien format de fichier. Il a été créé en 1992, au tout début de la photo digitale, bien avant la révolution numérique des années 2000. Beaucoup de formats comme le Jpeg 2000 ou plus récemment le HEIF d’Apple ont essayé (ou essaye) de le supplanter.

Le Raw est le format natif du capteur, lequel est apparu, en 1980. (bien avant le Jpeg). Pendant des années, Il n’a pas été utilisé par le grand public car il n’y avait pas de logiciel pour le gérer. Aujourd’hui, tout le monde en parle, considérant souvent que c’est le négatif du numérique et que l’utiliser est absolument indispensable pour avoir des images de qualité. Le Jpeg semble donc être relégué au second rang.

Mais avez-vous essayé de réaliser une prise de vue Noir et Blanc en Raw : Pourquoi sort-elle en couleur alors que le Jpeg est en N&B ? Et ce n’est pas la seule question :

  • Le format Jpeg est-il réellement obsolète ?
  • Le Raw donne-t-il de si bon résultat ?
  • La comparaison du Raw avec le négatif argentique est-elle justifiée ?
  • Faut-il photographier en Raw, en Jpeg ou en Raw + Jpeg ?
  • Le Jpeg peut-il apporter une meilleure qualité que le Raw ?
  • Quel format apporte le plus de souplesse, lors de la prise de vue ?

En réalité, le choix d’un format, c’est un peu comme le choix d’un film en argentique, celui-ci va impacter tout le processus photographique et notamment changer le comportement du photographe à la prise de vue.

Les fondamentaux

En argentique ou en numérique, aucune photo n’est disponible en l’état :

  1. En argentique, la prise de vue génère une image latente invisible sur le film.
  2. En numérique, la prise de vue génère une image Raw*, illisible en l’état.

*A noter que tous les appareils réalisent l’acquisition en fichier Raw.

Pour devenir visible, toutes  ces images “virtuelles”ont besoin d’une conversion.

  1. En argentique, elle sera réalisée par le laboratoire.
  2. Pour le Jpeg, elle sera réalisée par l’appareil photo lui-même.
  3. Pour le Raw, elle sera réalisée par le photographe (l’utilisateur) lors de la post production.

Par ailleurs, tous types de prises de vue va nécessiter de faire des choix, lesquels auront un impact direct sur la qualité. Par exemple :

  1. En argentique, ce sera les différents types de films,  Noir et Blanc ou Couleurs.
  2. En numérique ce sera les différents formats comme le Jpeg ou le Raw.

Pour bien comprendre les différences entre le Raw et le Jpeg, il me semble important de tout replacer dans son ensemble, argentique et numérique. 

Processus argentique

Dans cet exemple, on notera que chaque étape du processus influencera le résultat.  Expliqué de manière simple, on pourra dire :

  1. En Noir et Blanc
    • Le choix du film va influer sur le contraste et la définition. (Asa / Din)
    • Le travail en laboratoire influera sur la densité générale et le contraste.
  2. En couleur
    • Le choix du film se fera sur la température de couleurs (lumière naturelle ou artificielle)
    • Le type du film choisi impactera aussi la définition (Asa / Din)
    • Le laboratoire gérera la densité et la colorimétrie.

Processus numérique Jpeg

 En choisissant le format Jpeg, le photographe opte pour un processus où l’appareil photo remplace le laboratoire.

  1. A la prise de vue, le photographe pourra régler :
    • La température de couleur (balance des blancs – qualité de la lumière).
    • L’exposition (densité – luminosité).
    • La sensibilité Iso (qui influence la définition de la photo)
    • La résolution (Nombre de pixels).
    • Les outils d’assistance proposés par le fabricant (modes scène).
  2. L’appareil (laboratoire) va se charger de gérer automatiquement :
    • L’optimisation les contrastes.
    • L’optimisation les couleurs.
    • L’exposition via les modes scène
    • La conversion du fichier Raw en Jpeg 

Processus numérique Raw

En choisissant le format Raw, le photographe va se substituer à l’appareil (ou au laboratoire) via une application installée sur un ordinateur.

  1. A la prise de vue, celui-ci pourra régler :
    • La température de couleur (balance des blancs – qualité de la lumière)
    • L’exposition. (densité – luminosité)
    • La sensibilité Iso (qui influence la définition de la photo)
    • Mais ne pourra pas régler la résolution ni utiliser les outils d’assistance proposés par le fabricant.
  2. La séquence “prise de vue” n’étant pas terminée, il pourra revenir, via l’ordinateur, sur les conditions de prise de vue suivantes.
    • La température de couleur. (balance des blancs – qualité de la lumière)
    • L’exposition. (densité – luminosité)
    • Amélioration du contraste.
    • Gestion des hautes et basses lumières
    • Gestion de la colorimétrie
    • Gestion de la netteté
    • Mais il ne pourra pas revenir sur la sensibilité Iso

Le photographe finalise, de manière manuelle , le processus en créant le fichier Jpeg* à la résolution qu’il souhaite

*le format Raw permet de générer d’autres formats.

En conclusion
Utiliser le Jpeg c’est disposer d’une photo “clé en main”
Utiliser le Raw c’est devoir la reconstruire.

Mais utiliser le Raw est-il une bonne idée ?

Pour se faire une première idée, comparons les performances des deux formats sur l’ensemble des critères techniques du processus photographique et regardons qui  prend l’avantage.

La définition : avantage Raw.
Coté réglage, la définition (netteté) est impactée par l’augmentation de la sensibilité Iso et le niveau de compression. La norme Iso agit de manière unilatérale sur les deux formats mais la compression n’affecte que le Jpeg. Le Raw, lui, n’est pas compressé. Cette compression est irrémédiable. C’est l’un des problèmes de fond du Jpeg car, mal gérée, elle peut poser quelques problèmes. (voir les explications sur la compression à la fin de l’article)

L’immédiateté : avantage Jpeg.
C’est le principal avantage du Jpeg et non des moindres : la photo est immédiatement disponible pour le transfert vers un smartphone, vers les réseaux sociaux ou pour faire un tirage papier. A l’opposé, le Raw doit être finaliser via une application et ne sera disponible que bien plus tard.

Souplesse en prise de vue : avantage Raw.
Comme expliqué  plus haut, certains réglages du format Raw  peuvent être gérer ultérieurement. Cet avantage offre une grande souplesse lors de la prise de vue.
Le Jpeg n’a pas cette facilité et donc pas de droit à l’erreur. Il est nécessaire d’être vigilant sur le réglage de la balance des blancs car, ensuite, elle n’est plus modifiable et sur l’exposition, sa latitude étant beaucoup plus faible.

Assistance Prise de vue : avantage Jpeg.
Heureusement, sur le plan réglage, le Jpeg dispose de fonctions développées par les fabricants : les modes Scènes.  Ce sont des mini programmes très performants conçus pour faciliter et optimiser la prise de vue sur des sujets précis. Le Raw ne dispose pas de ces fonctions.
De ce fait, les résultats entre les deux formats sont parfois très différents. Par exemple,  en réalisant une photo en Noir et Blanc, vous obtiendrez un Jpeg Noir et Blanc de qualité. Mais en Raw, ce sera une photo couleur ! C’est normal, le capteur fait l’acquisition en couleur. Le Raw est un fichier qui ne se modifie pas, le mode scène ne peut pas être appliqué. La photo est donc restituée en couleurs. 

Photos de sport en mode rafale: avantage Jpeg.
L’avantage de la compression est le gain de poids du fichier. Le Jpeg est environ 8 fois plus léger que le Raw. Lors de prises de vue en rafale (plusieurs images par seconde) le transfert des données vers la carte mémoire ne ralentira pas l’appareil photo,  ce qui n’est pas le cas du Raw. Un avantage très important pour les photos de sport.

Stockage : avantage Jpeg.
Pour les mêmes raisons que celles citées ci-dessus, une carte mémoire contiendra environ 8 fois plus de fichiers Jpeg que de fichiers Raw.

Transfert vers d’autres média: avantage Jpeg.
Le Jpeg offre une gamme de services indisponibles pour le Raw : des transferts immédiat vers une tablette, vers un smartphone, vers les réseaux sociaux ou Internet. (via le Bluetooth ou le Wi-Fi)

Format de fichier et logiciel : avantage Jpeg
Jpeg est un format universel, libre de droit et compatible avec toutes les applications sans exception. Raw est un format propriétaire, chaque fabricant ayant le sien. Pour utiliser ce format, il faut, soit avoir l’application du fabricant, soit avoir une application générique comme Lightroom, Dxo, etc. (généralement payantes). Un autre problème se pose : l’évolution des versions. Chaque nouvel appareil arrive souvent avec une nouvelle version de Raw. Il est donc nécessaire d’avoir les applications à jour.

Possibilité de retouche : avantage Raw.
C’est le point fort du Raw. Les possibilités de la post production montrent la très grande puissance du format. La prise de vue n’étant pas terminée, le photographe peut alors revenir sur une grande partie des conditions de la prise de vue comme la température couleur, l’exposition, l’ajustement des basses et hautes lumières, la colorimétrie, la netteté, etc.
Mais attention, le fichier Raw que vous allez ouvrir sera de moins bonne qualité que le Jpeg car celui-ci a déjà été optimisé. Ce n’est pas le cas pour le Raw et le photographe doit donc “reconstruire” sa photo.
Concernant le fichier Jpeg, les possibilités de retouche sont très limitées. Il ne sera  possible d’améliorer que la densité, le contraste ou les dominantes. Tous ces éléments modifient la structure du fichier, il faudra être attentif afin qu’ils ne l’altèrent pas. (voir les explications sur la compression à la fin de l’article).

Stockage du fichier source : avantage Raw
Par sécurité, il est toujours conseillé d’avoir une sauvegarde du fichier source, le fichier non modifié. Avec le Raw, cela se fait naturellement car il n’est pas modifiable. Toutes les retouches sont enregistrées dans un fichier séparé puis appliquées à la photo lors de la conversion. Pour le Jpeg, comme on vient de le voir, ce n’est pas le cas . Une question se pose : faut-il garder une copie de sauvegarde du Jpeg ?

Pérennité dans le futur : égalité
J’ai lu sur certains posts qu’un fichier Raw pourrait ne plus être lisible dans le futur. Je n’y crois pas du tout. Tout d’abord, je ne connais aucun format sorti il y a 20 ans et qui ne soit pas lisible aujourd’hui. Nous ne sommes pas, comme pour la disquette, dans un contexte de production industrielle qui deviendrait obsolète. Il est assez facile pour un développeur d’intégrer dans les nouvelles applications les anciens formats.

Maintenant, quel format choisir ?

Aucun de ces deux formats n’est vraiment parfait :

  • L’un est simple d’utilisation, offre beaucoup de services mais manque un peu de souplesse.
  • L’autre est très performant mais son utilisation est contraignante.

Il faut donc choisir entre simplicité et performance, mais aussi, comme on va le voir maintenant,  en fonction du sujet.

Choisir la simplicité du Jpeg

Ici le sujet est tout à fait classique et ne représente aucune difficulté. 

On notera que le fichier Raw (au centre) est de moins bonne qualité que le Jpeg original (à gauche).  Ensuite, sur le plan qualité, le Raw retouché (à droite) n’apporte pas grand chose de plus que le Jpeg original. Pour ce type de prise de vue, le choix, c’est la simplicité avec le fichier Jpg.

Est-il judicieux d’utiliser le format Raw et de passer du temps en post production pour arriver au même résultat qu’un Jpeg ? la question se pose.

Choisir la performance du Raw

Ici les choses sont très différentes car la prise de vue (les chutes du Rhin), était particulièrement difficile. On mesure les limites du Jpeg qui donne une image “enterrée”. Le Raw aussi donne le même résultat, mais les possibilités de la post production sont si puissantes qu’elle permettent d’obtenir une photo correspondant à la réalité.

Un travail qui n’est absolument pas possible avec le Jpeg. Dans ce cas, la photo serait sûrement partie à la corbeille.

Ici le Raw, prend tout son sens, un fabuleux format qui porte la qualité d’une photo à un niveau jamais égalé jusqu’ici.

Conclusion

Chaque format à des avantages que n’a pas l’autre. Le choix entre Jpeg et Raw, entre simplicité et performance, se fera en fonction de vos attentes, du niveau de qualité souhaité et surtout en fonction du sujet.

Toutefois utiliser le format Raw pour arriver à ramener une photo uniquement au niveau d’un Jpeg ne sert strictement à rien, juste à perdre son temps.

On l’a vu, les possibilités du Raw sont considérables. Le processus est si puissant que le comparer à un négatif est même très en dessous de la vérité. Le processus est contraignant mais si la post production vous intéresse, surtout n’hésitez pas !

Mais attention, n’oubliez pas que nous n’avons pas tous la même perception de la qualité.

Jean-Claude

 
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Quelques explications sur la compression.
La compression est un phénomène irréversible qui altère plus ou moins le fichier original. Son but est de diminuer fortement le poids du fichier afin qu’il soit plus facilement “transportable”. Le gain est impressionnant, le poids du fichier pouvant être divisé par 8. Cette altération provoque une perte de définition qui peut être plus ou moins importante. En principe, compte tenu des résolutions importantes des photos, cette perte n’est pas perceptible à l’œil. Mais dans certain cas, elle est visible et peut poser quelques problème car le phénomène est irréversible. Voici quelques explications :

Le principe

On remarquera que le fichier de droite a perdu beaucoup de nuances,
par rapport à celui de gauche.

Voici une explication simplifiée du processus de compression. Lors d’une prise de vue, tous les pixels ont une valeur différente. Pour faire son travail, Jpeg va considérer que des pixels contigus peuvent avoir la même valeur. Prenons par exemple 3 pixels contigus qui ont des valeurs couleurs très proches. Jpeg va leurs affecter les mêmes valeurs. La modification est imperceptible à l’œil mais va permettre, dans notre exemple, de diviser par 3 le poids du fichier.

Les paramètres
Trois paramètres peuvent accentuer le processus et aboutir à une forte détérioration de la photo :
– La taille du fichier – plus le fichier est petit plus il est sensible la compression.
– La retouche : des modifications à outrance altèrent la structure du fichier.
– Les aplats de couleurs : plus ils sont importants, plus la compression risque d’être forte.

Ce fichier à été fortement agrandit afin de pouvoir percevoir la perte de définition

Le problème se situe au niveau de la conjonction de ces trois éléments. Un petit fichier, avec beaucoup d’aplat et d’importante retouche n’a aucune chance de “survivre” Regardez l’exemple ci-contre : Le fichier de gauche à été ouvert, très légèrement modifié et ré-enregistré 10 fois de suite. Le résultat est sans appel.

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