Décryptage : Le nouveau Bridge NIKON COOLPIX P1000

Un appareil qui se prend
pour un télescope !

Le 10 juillet dernier, Nikon a présenté, à Amsterdam, un nouvel appareil, le Coolpix P1000 équipé d’un zoom d’une focale impressionnante : 24 – 3000 mm (équivalence 135). Le seul appareil photo au monde à posséder un tel zoom.

Selon Nikon :
« Paysages lunaires, faune sauvage ou avions en vol, les utilisateurs de cet appareil peuvent capturer des sujets jusqu’ici hors de portée ».

Son prix est annoncé à 1099 €

Mais qu’en est-il exactement ?
Les possibilités annoncées sont-elles réalisables ?
N’est-ce pas un effet d’annonce basé sur cet impressionnant zoom ?

Décryptage

Revenons à nos fondamentaux : Capteur – Focale – Ouverture – Iso – Visée

Le capteur :

Cet appareil est équipé d’un capteur CMOS 1/2,3 pouce. Il s’agit d’un des plus petits capteurs destiné au APN. En fait, c’était la seule solution pour Nikon de concevoir un appareil équipé d’un tel zoom sans que celui-ci ne soit trop imposant et donc impossible à vendre. Ceci étant, cela reste un petit capteur aux capacités techniques limités, notamment pour effectuer les très belles photos annoncées.

Le Zoom :

Effectivement, c’est une belle réalisation car aucun appareil grand public ne possède un tel zoom. Mais utiliser une telle focale n’est pas aussi simple que ça.

  1. Si on considère qu’une photo réussie est souvent un instantané, je ne vois pas comment il est possible de trouver très rapidement son sujet avec un 3000 mm. Un peu comme avec des jumelles, on va passer du temps à le trouver.
  2. Pour photographier à main levée, la vitesse doit être réglée en fonction de la longueur focale. Plus celle-ci est importante, plus la vitesse doit être élevée. Cela est du à l’amplification par le zoom des légers tremblements des mains. On peut estimer que le réglage minimum pour un 3000mm sera de 1/1000ème de seconde, ce qui va limiter les possibilités de prise de vue, notamment par faible luminosité.

L’ouverture :

Le fabricant annonce une ouverture de f/2,8 à f/8 ce qui signifie que celle-ci sera de f/2,8 pour le 24mm et f/8 pour le 3000 mm. C’est cette dernière valeur qui pose problème.

Associée aux contraintes de vitesse expliquées ci-dessus, il sera absolument nécessaire d’avoir un grand soleil pour photographier un sujet en mouvement. Avec le zoom réglé sur la focale de 3000 mm, oubliez toutes photographies dont le sujet (en mouvement) est faiblement éclairée comme les prises de vue animalières en sous bois ou le sport en salle. Oubliez aussi la possibilité d’utiliser le flash. Toutes ces photos devront être faites avec un pied et un sujet statique, afin de pouvoir baisser la vitesse et ainsi éviter les sous-expositions.

La valeur Iso (sensibilité du capteur)

Cette fonction aurait pu être une solution pour compenser ces problèmes de luminosité. Malheureusement ce ne sera pas possible car la valeur maximum n’est que de 6400 Iso. La raison essentielle vient de la taille du capteur. Pour augmenter sa sensibilité, il faut augmenter le courant qui l’alimente. Cela génère des défauts (artéfacts ou granulation) surtout sur les petits capteurs.

La visée :

Cet appareil est équipé d’un viseur électronique et d’un écran dont les résolutions sont respectivement de 2 350 000 et 921 000 pixels, ce qui correspond à un bon niveau de qualité.

Conclusion

L’utilisation générale de cet appareil reste assez classique, seule l’utilisation du zoom entre 1500 et 3000 mm pose question.

Nikon annonce clairement qu’il s’agit « d’un appareil photo qui se prend pour un télescope » et argumente « Des paysages lunaires. La faune sauvage. Des avions en vol. Le zoom optique 125× n’a pas d’équivalent dans le monde. Grâce à sa plage de focales de 24–3000 mm, l’extraordinaire n’est plus inaccessible » «Vous pouvez photographier une scène dans son ensemble en optant pour le grand-angle ou zoomer sur les détails les plus infimes. Même ceux à la surface de la lune. »

Pour comprendre les limites de cet équipement, effectuons une mesure de luminosité, en juillet, au bord de la mer, à 9h du matin, par beau temps. On obtient les réglages suivants : Iso 200 – Vitesse 1/1000 ème (préconisée pour un 3000 mm) – A l’ombre f/4 -Ensoleillé f/8. En plein soleil nous sommes donc à la limite technique du zoom réglé à 3000 mm

Le futur acheteur ne devra pas s’y tromper. A partir de 1500 mm, compte tenu de son ouverture, l’appareil devra être posé sur un pied. le sujet devra être statique pour éviter la sous exposition. C’est donc un télescope plutôt qu’un téléobjectif.

Il sera parfait pour les paysages lunaires. La faune sauvage se limitera à un sujet du type « un lion qui dort ». Les photos traditionnelles de sujets très éloignés seront quasi impossible à faire.

En résumé, est-il bien utile de s’équiper d’un tel appareil pour des photos finalement très classiques.

Jean-Claude

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